Le Home Organising est le métier le plus « inutile » du monde.

L'Essentiel/ juillet 30, 2020/ L'Essentiel à la maison

Le Home Organising est le métier le plus « inutile » du monde.


Je lis ça depuis quelques jours… ça me frustre… non pas parce que cela va à l’encontre de ce que je choisi comme métier, non, chacun a droit à son opinion. Ce qui me frustre est que ce commentaire me semble plein de jugement. Il est dénigrant pour les personnes qui souffrent un peu ou beaucoup de leur encombrement, de leurs habitudes qu’ils n’arrivent pas à comprendre et encore moins à modifier, des conventions sociales qui nous obligent à tout un tas de trucs dont on ne veut pas, de la société de consommation qui nous pousse à accumuler.  

« Mais l’encombrement n’est pas une souffrance, il suffit de… »


Pour certains personnes le tri est facile. Elles ne s’attachent pas aux objets, ceux-ci n’ont pas de rôle d’ancrage émotionnel ou ne sont pas des symboles indissociables de leurs souvenirs, ou simplement elles n’éprouvent pas le moindre soupçon de malaise concernant leur domicile ou leur emploi du temps (si, si, ça existe)
C’est facile pour certains donc ça devrait l’être pour tout le monde.

La physique est simple pour certains, ça ne l’est certainement pas pour moi. De même pour les maths ou la mécanique. Je serais incapable d’être institutrice, ce n’est pas du tout dans mon tempérament de gérer 25 enfants, j’ai déjà envie d’hurler juste en faisant les devoirs avec les miens.

Le rangement ça s’apprend, comme tout le reste.

La difficulté se situe dans le fait de prendre conscience de la cause de nos comportements, de nos besoins réels, de la raison derrière le fait que notre enfant ou conjoit.e n’arrive pas à remettre sa veste au « bon endroit » et qui fait que les efforts participatifs de chaque membre de la famille paraissent inexistants.

Pourquoi sommes-nous encombrés au point d’en souffrir ?

La société dans laquelle nous vivons en Europe est encore touchée par les générations ayant connu la guerre et de ce fait la perte et le manque mais aussi la fin de l’ère qui précède la consommation de masse actuelle. Beaucoup d’entre nous ont été élevés dans l’idée que les objets sont précieux et à conserver. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas aujourd’hui mais le rapport à celui-ci et à sa qualité n’est pas la même.

Nous avons d’autres conventions sociales qui jouent dans l’encombrement : l’obligation de garder, à tout jamais, chaque objet qui nous a été offert. On ne garde pas le moindre article de puériculture reçu une fois que nous avons fini de faire des enfants, nous ne gardons pas le moindre jouet lorsqu’ils n’ont plus l’âge de vouloir y jouer…. Cette règle de conservation ne semble applicable qu’aux adultes ( mais pourquoi ???!!). Cette convention est en pleine évolution. Les sites de vente regorgent de cadeaux non voulus au lendemain des fêtes.


Nous gardons ces cadeaux ajoutés aux objets dont nous héritons parce qu’ils sont chargés de notre histoire personnelle qui semble cesser d’exister si l’objet n’est plus en notre possession.

On stock encore au cas où, par peur de manquer ; le plus souvent la cause est la précarité ou le risque de précarité.

Nous conservons parce que nous sommes dans l’optique que la quantité d’objets équivaut à notre succès.

A côté de tout ça il y a la publicité. Elle existe depuis l’antiquité mais elle a évolué, elle est devenue intensive, manipulatoire, elle n’a plus pour but d’informer mais de créer un besoin. On y succombe parce que sans avoir pris conscience de nos besoins réels et sans comprendre son mécanisme il est difficile d’y résister. L’achat est aussi une recherche de plaisir, peut-être parce que nous avons du mal à en trouver suffisamment ailleurs, ou que nous confondons bonheur et plaisir.

La conscience nécessaire est prise en regardant toutes ses affaires en face (purée la montagne de fringues !). En posant les bonnes questions pour prendre les bonnes décision en sortant de la peur et de nos croyances limitantes.  Ce processus est largement facilité par un accompagnement par un.e profesionnel.le qui n’est pas bloqué.e par ces attachements.

On peut séparer les gens en 3 groupes.

Le 1er c’est ceux qui clament que ce métier c’est n’importe quoi. Ils ne peuvent pas avoir conscience de l’amplitude du problème chez certains puisque c’est tout à fait inconcevable dans leur carte du monde.

Le 2eme groupe sont les personnes qui savent qu’ils gèrent mais que ça pourrait être mieux. Elles pensent souvent qu’elles ont besoin d’aller chez Ikea chercher du rangement supplémentaire. Elles sont fatiguées de constater qu’ils viennent de terminer deux mannes de linge et que deux autres mannes supplémentaires sont apparues entre temps (%$&*!£ mais qui a fait ça?!!!). Elles savent ce qu’elles devraient faire mais ne le font pas.

Elles regardent les nombreuses piles de papiers dans leur bureau en se disant qu’il faudrait vraiment prendre le temps de trier ça mais sont fatigués.

(L’entièreté de cette video de Serge Marquis est bien mais la partie qui nous interesse là démarre à la 30eme minute et concerne les papiers)


Ce sont aussi ces personnes qui sont irritées par le fait que chaque fois qu’ils ouvrent ce placard ce truc-là leur tombe sur la tête parce que c’est mal rangé mais qu’ils ne voient pas comment faire autrement (moi mais avant).

Ce sont ceux qui ont envie de faire bouffer leur chaussures à leur propriétaires parce qu’elles trainent toujours comme ça et qu’ils en ont marre de répéter 500x les mêmes trucs et de se sentir seuls à devoir gérer le maison (c’est c’était aussi moi)

Ce sont les gens pour qui il y a un ou 2 points noirs dans la maison, rien de dramatique tant qu’on n’ouvre pas les portes du buffet ni les 4 tiroirs fourretout et qu’on ne fait pas attention aux paterres qui ont tant de vêtements accrochés qu’ils ne tiennent plus sur les crochets (là c’est pas moi)

Ce sont ceux qui se sentent toujours débordés d’obligations qui ne comprennent pas pourquoi les autres n’arrivent pas à ranger parce que « c’est quand même pas compliqué! ».

Ce sont ceux qui sont systématiquement en retard soit parce que le temps nécessaire à faire des choses est mal estimé ou qu’il y a trop de choses à faire.

Ce sont ces gens-là qui bénéficient de payer quelqu’un l’apprentissage de solution à long terme, pour investir dans sa vie et son bien-être plutôt que dans son désordre. Ils auront appris comment maintenir cette investissement toute leur vie.

C’est aussi ceux qui comprennent que quand on doit vider la maison d’un parent après un décès c’est douloureux, parfois on a même honte de l’état de la maison aolrs qu’on n’en est pas responsable et qu’on se promet de ne pas faire pareil à nos propres enfants donc on tri et on désencombre à l’avance, pour les épargner.


Le 3eme groupe sont ceux qui sont tellement perdus, tellement mal dans leur vie et dans leur peau, qui ont vécu une série rapprochée d’incidents majeurs et que l’encombrement prend une ampleur comme celle qu’on voit dans les émissions de téléréalité (l’emission C’est du Propre par exemple) où les personnes extérieures se demandent comment c’est possible d’en arriver là parce que « il suffit de… ».

Parfois elles ne savent pas comment elles sont arrivées là non plus mais elles ont honte, s’isolent, sombrent encore plus loin dans la dépression. Du coup elles se barricadent derrière des écrans d’objets dans une maison devenu impossible à entretenir face à un problème qui ne cesse de prendre de l’ampleur alors que «il suffit de… »  

Un.e Home Organiseur c’est un métier récent qui répond à une problématique récente. Qui aide les personnes du 2eme et du 3eme groupe pour arriver à l’insouciance(mais pas l’inconscience) du 1er groupe sans jugement et dans la bienveillance.

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